Tag Archives: politique pénale

Communiqué de Presse – Politique pénale Visite d’Emmanuel Macron à l’école de l’administration pénitentiaire d’Agen : des annonces cache-misère à l’horizon !

                                                                                      A Montreuil, le 6 Mars 2018

A l’heure où le président de la République vient visiter l’Ecole Nationale de l’Administration Pénitentiaire (ENAP) à Agen accompagné de la ministre de la justice mardi 6 mars 2018, la CGT insertion probation dénonce vivement les conditions de travail des personnels des services pénitentiaires d’insertion et de probation, une réalité bien éloignée d’un service public digne de ce nom.

Loin des 40 personnes prises en charge par agent promises par le Président pendant sa campagne, la réalité est plus douloureuse : un conseiller d’insertion et de probation peut ainsi se retrouver avec plus de 130 personnes à suivre !!!

Ces charges de travail que subissent l’ensemble des personnels qu’ils soient administratifs, travailleurs sociaux ou surveillants chargés du placement sous surveillance électronique sont ingérables et rendent très difficile l’accompagnement socio-éducatif de qualité.

Pour consulter la version imprimable, cliquez sur le lien suivant: communiqué Emmanuel Marcon politique pénale

Aujourd’hui, le recours à d’éventuels agents non titulaires confirme la précarisation de nos métiers, la déqualification par des recrutements de CDD sans formation initiale et la décrédibilisation de l’ENAP, puisque les contractuels ne sont pas formés à l’école…

Le seul résultat… : une précarisation du suivi des personnes condamnées !!!

La venue du président se fait également dans un contexte de mobilisation du corps des conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation : en effet, ces personnels sont venus en masse à Paris le 1/02/21018 demander l’application de la réforme statutaire obtenue après 6 mois de mobilisation des SPIP en 2016, réforme actant l’accès à la catégorie A et qui devait s’appliquer à compter du 1er février 2018 !

Encore inappliquée à ce jour, les travailleurs sociaux attendent toujours une réponse du gouvernement quant à l’application réelle de ces engagements qui avaient pourtant été validés par le Président Hollande !! Ces engagements ont été pris en reconnaissance des compétences réelles et bien existantes de ces professionnels.

Les personnels attendent que la plus haute autorité de l’État accorde enfin une véritable attention et de véritables moyens aux services en charge de l’insertion et de la réinsertion des personnes délinquantes et qu’elle tienne les engagements pris par son prédécesseur pour cette réforme statutaire.

Emmanuel Macron présentera cet après-midi un projet de réforme pénale dont les contours ont été tracés par les « chantiers justice ». Celui-ci augure davantage d’une politique cache misère et en trompe l’œil qu’un véritable projet ambitieux faisant de la prison d’exception et la réinsertion le véritable objectif !

CHANTIER JUSTICE N°5 « SENS ET EFFICACITE DE LA PEINE » : DECRYPTAGE

Nous ne reviendrons pas ici sur la méthodologie employée pour réfléchir sur ces 5 chantiers de la Justice qui s’inscrit dans la droite ligne du rouleau compresseur de CAP 2022, dévastateur pour els services publics et la fonction publique. La CGT a déjà communiqué dessus.[1]

DECRYPTAGE CHANTIERS JUSTICE CGT IP Février 2018VD

Le 5e chantier sur le « Sens et l’efficacité de la peine » portait sur les points suivants : repenser la détention provisoire, adopter une nouvelle conception de la peine, simplifier les procédures d’exécution et d’application de la peine, redéfinir le régime des certaines moyennes et longues peines.

Ces sujets sont essentiels mais ne pouvaient être abordés en profondeur avec seulement 3 mois.

« Il faut que la peine soit utile, il faut que la peine ait un sens. La peine d’emprisonnement est trop souvent l’unique réponse pénale possible à une infraction. La surpopulation carcérale est toujours très préoccupante. » Derrière ce message soutenu et revendiqué par la CGT insertion probation de longue date, les préconisations en revanche ne sont pas à la hauteur des enjeux.

Le rapport s’appuie sur les Services Pénitentiaires d’Insertion et de Probation pour mettre en œuvre une grande partie de ses préconisations. Il précise à plusieurs reprises la nécessité de renforcer en moyens humains et financiers ces services pour leur permettre de réaliser pleinement et efficacement leurs missions. La CGT Insertion Probation va plus loin, elle demande depuis des années, l’élaboration d’organigrammes de référence et de ratios de prise en charge pour tous les personnels des SPIP pour évaluer réellement les besoins humains et anticiper au mieux les vacances de postes. Sans cela les missions des SPIP, essentielles pour l’application des peines, ne pourront être exécutées correctement. [2]

Lire la suite

Les chantiers de la justice : La CGT reçue par la Ministre

Lundi 12 Février 2018, à 14h30, se déroulait Place Vendôme, une rencontre bilatérale relative aux « 5 cinq chantiers de la Justice », présidée par Nicole BELLOUBET, Ministre de la Justice. Elle était accompagnée de son conseiller au dialogue social et à la modernisation, Albin HEUMAN. La délégation CGT était composée de Delphine COLIN, secrétaire national de la CGT Insertion et Probation, de François LAVERHNE, secrétaire général de la CGT PJJ et de Christopher DORANGEVILLE, secrétaire général de la CGT Pénitentiaire.

communiqué CGT justice chantiersdoc

Pour rappel, les 5 cinq chantiers de la justice, dont les conclusions ont été rendues le 15 janvier dernier, se décomposent comme suit :

  1. La transformation numérique
  2. L’amélioration et la simplification de la procédure pénale
  3. L’amélioration et la simplification de la procédure civile
  4. L’adaptation de l’organisation judiciaire
  5. Le sens et l’efficacité de la peine

En introduction, la CGT a tenu a porté un parallèle entre les chantiers ouverts dans notre Ministère et le programme « Action publique 2022 » ou « CAP 2022 ». En effet, les chantiers de la justice, priorité établie de ce Ministère, ne sont qu’une application quasiment stricto-sensu des dispositions présentées dans le programme d’action publique 2022.

Pour exemple, la transformation numérique (inscrite également dans les objectifs principaux de CAP 2022) est un faux semblant. Pour la CGT, l’objectif d’une telle mesure est surtout de réduire le nombre de personnels et d’ouvrir grandement les portes de différents services à la privatisation. De plus, cela va sûrement entraîner un éloignement du Service Public des citoyens et desservir les populations les plus précaires, qui n’auront aucunement les mêmes chances d’accès aux différents services publics de la justice.

Aujourd’hui, les personnels, attachés à un service public de qualité ont des priorités qui sont loin de celles de ce gouvernement sur l’amélioration indispensable de leurs conditions de travail, la nécessité de véritables créations d’emplois pérennes, la reconnaissance statutaire de leurs professions qui doivent absolument être revalorisées et d’une véritable politique pénale ambitieuse.

Lire la suite

interpellation député.e.s sur les articles 27 et 28 proposition de loi de programmation et d’orientation sur le redressement de la justice

Mesdames, Messieurs les député-e-s,
Sur proposition de la Commission des Lois du Sénat, vous allez très prochainement être appelé-e-s à vous prononcer sur les dispositions législatives à mettre en œuvre en vue du redressement de la Justice.
A cette occasion, nous souhaitons attirer votre attention sur la portée hautement préjudiciable des articles 27 et 28 de la proposition de loi de programmation et d’orientation sur le redressement de la Justice plus enclins à faire reculer notre Justice qu’à la redresser.

Version imprimable INTERPELLATION
S’appuyant sur le constat que le système d’aménagement de peine ab initio pourrait nuire au sens de la peine, le Sénat propose d’abord de réduire le seuil des quanta de peines susceptibles d’être aménagées avant une période de détention (« ab initio ») et de limiter le recours à ces aménagements de peines sur seule orientation de la juridiction de jugement (article 27).
Dans un contexte où nos établissements pénitentiaires ne sont plus en mesure d’absorber une augmentation massive des placements en détention et où les conséquences délétères de l’emprisonnement sur la désinsertion et la récidive sont largement connues et documentées, ces deux premières dispositions s’avèrent totalement contre-productives et dévastatrices en ce qu’elles entraineraient une inflation certaine de la population carcérale, un accroissement indéniable de l’inexécution des peines et une augmentation incontestable des courtes peines que notre système carcéral n’a pas les moyens d’accompagner.

Lire la suite

Budget pénitentiaire 2018 – Pour un vote éclairé

Dans une démarche inédite, 27 associations et syndicats impliqués dans le champ pénitentiaire interpellent les parlementaires sur le projet de budget 2018 (examiné mercredi 25 octobre à 21h à l’Assemblée nationale). Au travers d’une analyse détaillée du projet de budget, les signataires de ce texte invitent les député·e·s à remettre en cause les choix budgétaires qui leur sont proposés et à s’engager en faveur d’une politique pénale basée sur les recommandations des instances nationales et internationales. Instances, qui, toutes, appellent à mettre un terme à l’inflation carcérale et à privilégier la décroissance pénale et les mesures alternatives, mieux à même de favoriser la prise en charge des personnes et leur sortie de délinquance.

Version imprimable Budget-penitentiaire-2018

Lire la suite

La Ministre nous annonce ses « Chantiers de la Justice »

La CGT, comme l’ensemble des organisations syndicales représentatives du Ministère de la Justice, était conviée par Nicole Belloubet, Ministre de la Justice, ce Jeudi 5 Octobre, à 10h, place Vendôme, à la présentation « des chantiers de la Justice ».

Version imprimable chantiers justice

Cette rencontre avait pour but de nous informer des grandes lignes directrices entreprisent par ce nouveau Ministère pour rendre plus accessible et moins archaïque notre « bonne vieille Justice », avec pour objectif  de n’avoir « aucune idéologie mais bien du pragmatisme ».

Lire la suite

La CGT insertion probation dans la presse

Article Entretien croisé CGT insertion probation / SNEPAP-FSU

Dedans Dehors sur le blog de Médiapart 

A lire sur le Blog en cliquant ICI

Version imprimable entretien croisé Dedans-Dehors

«Une occasion manquée» pour le milieu ouvert

A la fin de ce quinquennat, les deux syndicats majoritaires de conseillers pénitentiaires d’insertion et probation (CPIP) partagent le sentiment d’une occasion manquée. Et s’inquiètent pour l’avenir, dans un contexte où la lutte contre la radicalisation semble être devenue l’unique priorité de l’administration pénitentiaire. Dossier « Cinq ans de renoncements : et maintenant? » 5/13
© CGT insertion/probation© CGT insertion/probation

Recueilli par Laure Anelli

Le début du quinquennat est marqué par l’arrivée de Christiane Taubira place Vendôme et l’annonce de la mise en place d’une conférence de consensus sur la prévention de la récidive. Quelles sont les attentes des professionnels des services pénitentiaires d’insertion et de probation (SPIP) à ce moment-là ?

Snepap-FSU : On sort alors de plusieurs années de politiques pénales dures, dominées par l’idée que la seule réponse efficace serait l’emprisonnement. Les SPIP sont pointés du doigt au moindre fait divers, sans être écoutés lorsqu’il s’agit de s’attaquer aux problèmes de fond. À ce moment-là, on a le sentiment que la probation n’existe ni aux yeux du ministère de la Justice, ni à ceux de l’Administration pénitentiaire. Donc l’initiative de Christiane Taubira est plutôt bien accueillie. Pour nous, la conférence de consensus était une tentative d’identifier ce qui marche ou pas en termes de prévention de la récidive. Elle a, selon nous, atteint son objectif dans la mesure où des propositions sur ce sujet ont été faites, même si toutes n’ont pas été retenues.

CGT : De notre côté, on espérait que l’accompagnement socio-éducatif serait replacé au coeur de nos missions. Il y avait une attente très forte dans ce sens. Finalement on est retombé sur des choses comme la gestion du risque, la prévention de la récidive. Et on est passé à côté de la réinsertion. Il y a eu un véritable glissement de cette conférence de consensus, qui est passée, à notre sens, à côté de son objectif. On attendait aussi une politique pénale beaucoup plus ambitieuse.

Deux ans et demi après son entrée en application, quel bilan tirez-vous de la réforme pénale, et en particulier de la contrainte pénale ?

 CGT : La contrainte pénale était censée, d’après les recommandations issues de la conférence de consensus, devenir une nouvelle peine de probation, qui se substituerait à tout le reste. Finalement, la loi du 15 août 2014 en a fait une peine supplémentaire. Bilan aujourd’hui : cette mesure a été très peu prononcée. Et d’une certaine manière heureusement, parce qu’on n’a pas les moyens de la mettre en oeuvre : le suivi très individualisé et la période d’évaluation impliquent de passer du temps avec notre public, un temps que l’on n’a pas aujourd’hui. D’autant que le nombre de personnes suivies en milieu ouvert a augmenté. Ce que l’on ressent sur le terrain, c’est qu’il y a toujours autant de sursis avec mise à l’épreuve (SME) et d’incarcérations, mais que les contraintes pénales viennent s’y ajouter. Pour nous, il y a eu une extension du filet pénal : les personnes qui ont été condamnées à une contrainte pénale n’auraient peut-être pas été condamnées à une peine de probation auparavant.

 

Snepap-FSU : Le nombre de contraintes pénales nous paraît trop insignifiant pour conclure à une extension du filet pénal. Il faut les mettre en relation avec le nombre de prises en charge en milieu ouvert. En deux ans, 2500 mesures ont été prononcées – contre environ 140 000 SME. Cela ne nous empêche pas de considérer que sur le plan des chiffres, la contrainte pénale est un échec directement lié au fait que le SME ait été maintenu : les juges se reposent sur ce qu’ils connaissent et prononcent des SME plutôt qu’une contrainte pénale.

Il existe pourtant quelques différences entre sursis avec mise à l’épreuve et contrainte pénale.

Snepap-FSU : La plus-value de la contrainte pénale réside essentiellement dans l’évaluation préalable, qui est censée guider le magistrat dans la détermination des obligations et interdictions. Le problème, c’est que la loi laisse la possibilité au magistrat d’en prononcer avant que l’évaluation ne soit réalisée. Et c’est ce que font les magistrats, en prononçant par exemple une obligation de soins ou de recherche d’un travail avant même d’avoir les résultats de l’évaluation. On se retrouve donc avec une peine qui ressemble de fait énormément au SME.

CGT : À nos yeux, cette phase d’évaluation est aussi une bonne chose (quand elle est utilisée), car elle suppose de prendre le temps de connaître la personne, d’être à son écoute, de coller à ses besoins. C’est ce que l’on tente de faire pour toutes les mesures, de façon plus ou moins satisfaisante faute de temps. Mais se pose aussi la question de ce que l’on évalue et de la façon dont on le fait. Pour nous, l’évaluation devrait porter sur la situation globale de la personne et permettre une prise en charge adaptée, dans une optique d’accompagnement socio-éducatif et d’insertion sociale. Et non pas se focaliser sur une prédiction du risque de récidive. L’administration tente aujourd’hui, à marche forcée, d’imposer des grilles d’évaluation standardisées censées permettre de prédire ce risque, ce qui est pour nous très problématique. Or elles ont du mal à prendre sur les terrains, car leur plus-value n’est pas évidente pour tout le monde.

La réforme pénale a-t-elle entraîné un changement dans vos pratiques de prise en charge ?

Snepap-FSU : Dans les services, la réflexion avance sur les techniques d’entretien, notamment grâce à la méthode de l’entretien motivationnel. On a le sentiment qu’il y a cette volonté de sortir d’une « probation machine », qui se contente de cocher des cases, de collecter des justificatifs et de les transmettre au juge. On sort progressivement de l’évaluation binaire entre « respect des obligations » et « non-respect des obligations », en considérant que le non-respect d’une obligation n’est pas forcément le signe que tout va mal.

CGT : À la CGT, l’identité professionnelle des CPIP a toujours été très claire : nous sommes travailleurs sociaux. Aujourd’hui, on fait surtout semblant de découvrir des méthodologies. L’entretien motivationnel est un très bon exemple : une grande majorité des collègues qui y ont été formés récemment disent « en fait, c’est ce que je faisais déjà ! ». Certaines choses doivent être améliorées, bien sûr, mais pour nous, cela doit passer par davantage de formation sur les méthodologies du travail social, plutôt que sur la criminologie.

La libération sous contrainte, introduite par la réforme pénale, peine également à décoller. Comment l’expliquez-vous ?

Snepap-FSU : Dans les faits, la libération sous contrainte c’est des agents qui font des rapports en masse, des situations examinées à la chaîne et des sorties qui se font au compte-gouttes. Tant que les aménagements de peine ne seront pas automatiques, ça ne pourra pas marcher.

CGT : Nous revendiquons une libération conditionnelle automatique. La libération sous contrainte en est assez loin, et c’est un échec dans son application. Légalement, la personne n’a pas besoin d’avoir un projet pour prétendre à cette forme de libération anticipée. Pourtant, les magistrats ont tendance à regarder s’il y en a un pour l’accorder. Par ailleurs, les prises en charge à l’extérieur sont le plus souvent extrêmement courtes : pour nous, ce sont des sorties sèches déguisées.

Quel bilan tirez-vous du passage de Christiane Taubira au ministère de la Justice ?

CGT : On avait le sentiment d’une Garde des Sceaux sensible aux problématiques de notre métier, qui nous rejoignait sur pas mal de positionnements. Malheureusement, ça ne s’est pas traduit dans les faits. Parce qu’elle n’a pas forcément eu les coudées franches pour mettre en oeuvre la politique qu’elle avait proposée, plus aboutie et plus progressiste que ce que contient la réforme pénale. Pour la profession, ce sont beaucoup d’espoirs déçus, avec un gros regret sur la réforme de la justice des mineurs annoncée et qui a finalement été complètement oubliée. On peut aussi lui reprocher de ne pas avoir freiné la surenchère sécuritaire au lendemain des attentats.

Snepap-FSU : On peut quand même saluer la rupture avec la politique de l’émotionnel en réaction aux faits divers. Et l’accent porté sur la probation, avec notamment l’annonce de la création de mille postes.

Ces mille nouveaux recrutements sont-ils suffisants ?

Snepap-FSU : Le problème, c’est que l’administration pénitentiaire ne dispose pas d’organigramme pour la filière. Sans cette donnée centrale, c’est très difficile pour l’AP de gérer ses ressources humaines. On est dans quelque chose d’un peu absurde : on ne sait pas aujourd’hui quels sont les besoins nécessaires pour faire fonctionner un SPIP. Il faudra attendre 2018 pour s’assurer que l’administration pénitentiaire ne fait pas passer des remplacements de départs à la retraite pour des créations de postes.

CGT : Alors oui, globalement le corps des CPIP a augmenté. Sauf que la population pénale a augmenté dans le même temps. Et effectivement, quand on demande des chiffres à l’AP, on n’a pas de données précises sur les ressources humaines. On n’a pas de visibilité sur les départs à la retraite, sur les personnes en disponibilité, celles en détachement.

Le quinquennat a également été marqué par les attentats, avec une forte résonance sur le champ carcéral. En quoi les différents plans de lutte contre le terrorisme et la radicalisation ont-ils influé sur votre travail ?

CGT : Il y a eu une espèce de glissement sémantique qui a tout emporté sur son passage, et qui est devenu l’alpha et l’oméga dans les SPIP : tout ce qu’on met en place doit l’être à travers le prisme de la « radicalisation », sans véritable réflexion sur la prévention. Le vrai problème, c’est qu’on ne sait pas de quoi on parle. C’est pourtant précisément la mission qu’on nous a confiée, en tant que CPIP : repérer, détecter et signaler. Autrement dit, on doit faire la chasse aux « radicalisés » et même aux personnes « susceptibles de se radicaliser »… L’administration impose aux agents cette nouvelle mission en jouant sur la culpabilisation : le faire, c’est « être un bon citoyen », « un bon fonctionnaire ». Les agents se retrouvent pris dans des injonctions paradoxales : l’administration nous dit qu’il faut « être dans une relation de confiance » avec notre public, et dans le même temps : « par contre, vous devez le dénoncer, sans le lui dire. » On est en train de faire de nous des agents de renseignement. C’est problématique et cela questionne notre déontologie de travailleur social. On ne nie pas que la radicalisation violente puisse être un problème, simplement, il faut le mettre à sa juste place. Notre métier, c’est la réinsertion. Or quelqu’un d’inséré, avec un travail, une famille, passera moins à l’acte, quel que soit le motif de condamnation.

Snepap-FSU : Nous considérons de notre côté que la question de l’identification est légitime, mais que, comme toute évaluation, elle a ses limites, c’est-à-dire que l’on peut se tromper, avec des conséquences catastrophiques pour la personne signalée. On se trompera un peu moins si on partage, au sein de l’administration pénitentiaire, les éléments que l’on peut relever avant de les faire remonter. Surtout, on souhaite que ces informations soient communiquées au juge de l’application des peines, comme on le fait habituellement, et pas qu’elles soient envoyées directement aux services de renseignement. Parce que ce qu’il communique aux renseignements, le CPIP ne peut plus le partager avec la personne suivie – à la différence de ce qu’il communique au juge. Notre mission est de faire en sorte que ceux qui sont dans cette difficulté puissent s’en sortir. Or on ne peut pas les prendre en charge si l’on tait le problème.

C’est dans ce contexte que Mylène Palisse, représentante de la CGT, a été sanctionnée pour avoir émis publiquement des critiques sur les plans de lutte contre la radicalisation…

CGT : Il s’agit là d’une atteinte à la liberté d’expression et aux libertés syndicales, dans un contexte sécuritaire : il n’y aurait pas eu le même emballement politique s’il n’avait pas été question de radicalisation. De façon générale, on sent que l’administration cherche à recadrer les CPIP. Il y a de plus en plus la volonté de faire de nous des fonctionnaires serviles. La culpabilisation est un levier très utilisé par la direction pour nous forcer à faire les choses et à nous museler.

La fin de l’année 2016 a été marquée par un nouveau plan de constructions lancé par Jean-Jacques Urvoas. Qu’en pensez-vous ?

Snepap-FSU : Soit on considère qu’il n’y a pas assez de places, soit on considère qu’il y a trop de détenus. Tous les gouvernements répètent la même erreur depuis des années, en choisissant la première option et construisant de nouvelles places de prison. D’énormes moyens vont être absorbés dans ces projets. Mais il ne fait aucun doute que la population va exploser. Donc à quoi aura servi ce plan ?

CGT : Le vrai levier serait de ne pas mettre les gens en prison, en dépénalisant certaines infractions et en favorisant les mesures alternatives à l’incarcération. Mais à part sur le placement sous surveillance électronique (PSE), il n’y a pas de politique volontariste. Les placements extérieurs se réduisent comme peau de chagrin, avec zéro budget, un travail partenarial associatif en perte de vitesse. On ne met pas les moyens où l’on devrait.

Au-delà de ces constructions, que retiendrez-vous du ministère Urvoas ?

Snepap-FSU : À son crédit, on peut noter qu’il n’a pas entravé la poursuite de la réforme pénale et notamment le fait que la contrainte pénale puisse aujourd’hui s’appliquer à l’ensemble des délits. Les travaux menés par l’administration pour améliorer la probation sont également maintenus, mais il est encore de sa responsabilité qu’ils trouvent une traduction dans les faits. Et ce ne sont pas des choses qu’il a initiées. Sur ces deux dernières années, la population pénale détenue a augmenté, alors que les bracelets électroniques ont stagné. Le ministère n’a pas fait grand’chose pour réduire la population pénale : on voit même un recul des aménagements de peine.

CGT : L’intégration de l’administration pénitentiaire dans la communauté du renseignement nous inquiète et on se demande si Monsieur Urvoas n’est pas en train de poser les jalons d’un transfert de l’AP sous l’autorité du ministère de l’Intérieur. Cette crainte nous conforte dans notre demande de création d’une direction autonome de la probation au sein du ministère de la Justice, pour réaffirmer notre spécificité vis-à-vis du pénitentiaire.

Quelles sont vos attentes pour le prochain quinquennat ?

Snepap-FSU : Que la réforme pénale aboutisse. Pour cela, il faudrait travailler sur les leviers qui parasitent l’application de la contrainte pénale et supprimer le SME. Il faudrait instaurer la libération conditionnelle d’office. Il faut aussi porter de nouvelles initiatives sur les longues peines, problématique qui a été complètement occultée des débats : toutes les attentions sont concentrées sur la surpopulation carcérale, qui concerne essentiellement les maisons d’arrêt, et donc les courtes peines. En centre de détention ou en maison centrale, les conditions de détention sont perçues comme acceptables parce qu’il n’y a pas cette surpopulation. Si bien que pour le ministère comme pour l’administration pénitentiaire, le problème des longues peines n’existe plus !

CGT : De façon plus générale, il faudrait faire en sorte que le milieu ouvert prenne toute sa place et que la prison ne soit plus la peine de référence. On aimerait aussi de vraies politiques publiques de financement du secteur associatif, afin que le travail de partenariat soit plus étoffé et que les mesures en milieu ouvert et les aménagements de peine puissent réellement se développer.

Lire la suite

SPIP 14 Construction de la Maison d’Arrêt de Caen : et si on réfléchissait?

La CGT Insertion et Probation Basse-Normandie se félicite de l’annonce de la fermeture de la Maison d’Arrêt de la rue du Général Duparge à Caen.

VERSION IMPRIMABLE Tract ouvertureMA
Nous réclamions avec force depuis de nombreuses années la fermeture de cet établissement vétuste, surpeuplé, bricolé. Pour les personnels, administratifs, surveillants et conseillers d’insertion et de probation, cette fermeture apparait comme une évidence.
Nous sommes revenus des promesses gratuites de l’Administration Pénitentiaire et nous ne pouvons qu’espérer que M. Urvoas ne sera pas le cinquième Garde des Sceaux à annoncer la fermeture sans que rien n’advienne. Nous attendons désormais des actes, des écrits, des plans, des pierres.

Lire la suite